Petite histoire angélique…

Aujourd’hui les enfants et moi sommes allés faire notre grosse sortie au magasin à une piasse parce que c’est cool dépenser les vingt-cinq sous et dollars accumulés pour leurs bons coups et ça leur donne une idée de la valeur de l’argent tout en leur faisant faire des choix et du calcul mental. (ça c’est la maman qui parle ;))

Lorsque nous sommes arrivés à la caisse, il y avait une vieille dame avec une paire de bas de nylon qui attendait avec le sourire derrière nous. Comme c’était laborieux de faire payer à tour de rôle les enfants, je lui ai proposé de passer avant nous.

Elle m’a répondue : « Vous avez lu dans mes pensées, parce que j’ai un rendez-vous à deux heures, merci! « 

Lorsqu’elle s’est retournée elle m’a regardée avec un sourire et m’a remise une pièce d’un dollar. Je l’ai regardée avec un air étonné et lui ai demandé : « Mais pourquoi vous me donnez ça? « 

Elle m’a répondue:  » C’est maintenant votre porte bonheur. Vous avez des beaux enfants. « 

J’ai pris la pièce de la main droite et j’ai posé mon autre main sur son épaule,. Avec un sourire radieux dans les yeux, un frisson qui m’a transpercé le coeur et parcouru l’échine je lui ai souhaité que la vie soit bonne pour elle.

Je crois que j’ai croisé un Ange aujourd’hui. Merci vieille dame du magasin à une piasse, je vais garder ce porte bonheur sur moi pour longtemps, jusqu’à ce que je sois vieille et que je sente que je doive le remettre à une plus jeune que moi qui trimbale ses trois enfants pour la grosse sortie du samedi..

Insouciance (texte de 1996)

Mais Il avait peur.  C’était encore plonger dans un abîme, la tête encore vivante, comme une violence insoutenable pour le reste de l’être.  Encore pouvoir observer, mais sans comprendre, tentant de ne plus éprouver cette agitation horrible qu’est le deuil et même désirer mourir pour se délivrer de l’inconfort.  Se dire que la patience est une vertu et maudire la morale, car celle-ci ne fait que taire les tourments du malade.  Félix était dans ce torrent circonstanciel du  presque concubin qui s’inquiète, qui se meurt à petit feu de l’amour qui vit encore pour elle en dépit de connaître l’issue ultime de son retard, de son absence et de son insouciance fortement présumée.  L’angoisse se bâtissait comme le cocon de la chenille qui choisit de se soumettre à la délivrance en passant par la transmutation.    « Folle qui parcourt la vie en coup de tête, en coups de théâtre, sauras-tu inverser le mouvement tranchant de la guillotine et revisser cette tête sur tes épaules? »  Que de longs moments de travail sur lui-même il lui  fallait pour accepter, dans toute cette magnificence, l’amoureuse imprévisible…

Sanglant de perplexité, les mots se bousculaient dans le torrent d’ émotions.   Félix essayait de tout exprimer et de tout comprendre à la fois.  Merline se tenait devant lui, la gorge nouée comme s’il lui avait présenté la brique et le fanal.  Comme si, dans son regard, il y avait une menace.  Elle était coincée dos à l’évier entre les bulles de l’étourderie et les éclairs de son orage.   Elle se déroba avant que la tempête n’éclate pour de bon en décrochant le téléphone.  Ainsi elle était sauvée pendant que Félix déboulait à contre-courant l’escalier.  Il courut vers la chambre, saisit un oreiller et  ouvrit enfin le robinet de sa souffrance  dans un dépouillement étonnant.

Comme une montgolfière laissant tomber ses poids, elle s’était envolée et s’était détachée de ses liens avec le monde terrestre, de la pression qu’elle se créait elle-même et de tous ses engagements.  Merline avait compris que l’art de rendre fou était d’entretenir une passion avec l’esprit en oubliant la réalité physique.  Le drame était de ne vivre que pour le subtil en niant les besoins du corps et ceux-ci ne pouvaient être remplacés ni par la parole, ni par les écrits.  Cependant, Félix avait besoin d’un bonheur autre que celui de la solitude.

La plénitude était dans un battement.  Les pieds sur les pédales et les mains occupées avec les baguettes, Il rompait le silence en fracassant sa cadence intérieure sur le musée de tambours de son amour.  Il explorait le tempo et l’espace du son sur les peaux tendues.  Il avançait graduellement dans le corridor des percussions et Félix découvrait le langage des cymbales, qui en éclairs, donnaient un sens nouveau aux sons terreux des malheurs.

Elle  avait rendez-vous avec l’imprévu, une sorte de délivrance des contraintes sociales.  Cet ange insoumis existait pour découvrir.  L’inconnu devenait son exil, insaisissable était son pseudonyme.  Merline parcourait dans son coeur tous les pays du monde et rêvait de partir, à la façon d’une nomade, vers l’orient.  Elle portait en elle le désir de l’exploratrice, qui en pensée, multiplie les sens que l’on peut donner au mot existence.

***

Félix avait donc  décidé de passer cette vie à la comprendre à la place de devenir fou.  Toujours il jonglait avec les idées, essayant d’agencer les messages qui lui parvenaient de toutes part en une rassurante cohésion.  Il n’avait pas encore réussi à saisir le sens de la vie, car ses réponses trouvées ne prenaient que quelques circonstances pour devenir à nouveau des questions.  Le soleil demeurait pourtant toujours le même, reprenant sans cesse son mouvement apparent d’est en ouest.  Pourtant il y avait sûrement des dimensions que nous n’avions pu explorer depuis le début des temps, se dit-il, et qui se vérifiaient par des moyens encore insoupçonnés.  Il songeait que nos sens nous limitaient et qu’il lui fallait découvrir la façon d’amplifier tout ça  afin de visiter ce que personne n’était allé visiter auparavant.

(périple à poursuivre)

Lipstick

Zilliam en Double Interligne

Flotte, sautille, explose. 

Zilliam fait quelque chose de concret,  vit follement sa vie. 

Instagramme TOUT.  

A un domicile fixe tout en étant désaxé. 

Son cerveau n’est pas assez grandiose pour garder toutes ses idées emprisonnées. 

Coure, coure toute le temps parce qu’il est fucking sportif. 

Est certain de ce qu’il lira ou regardera à la télé. 

Facebooker n’est pas un verbe pour lui, mais une révolution.

Avant il procrastinait, maintenant il flotte, sautille, explose. 

Quand même… il devrait engraisser un peu parce que selon l’indice de masse corporelle… 

Ça ne lui tente pas du tout, il sait tout.

Puis!

Se lève, s’asseoit, tourne en rond.

Se sent inutile.

Une bedaine lui a poussé.

Pas d’emploi fixe ni d’exercice.

Ne sait plus s’il doit lire ou regarder un film.

C’est un retraité de Facebook.

Mais il ne chôme pas.

Il pense se mettre au régime.

Et terminer ça là.

Deux Copines

Suite à un souper de filles, ma copine de longue date et moi en sommes venues à la conclusion qu’hommes et femmes ne sont pas faits pour vivre ensemble. L’argument béton fut émis de ma part: « Regarde juste les hommes des cavernes… C’était pas compliqué dans ce temps-là, les hommes partaient à la chasse… » Et mon amie de poursuivre: … »Et les femmes restaient au camp avec les enfants.. » des phrases émises une après l’autre sans émotions.

Il y eut un silence accompagné de quelques gorgées de vin (des deux interlocutrices) provenant d’une bouteille déjà assez entamée, puis mon amie a poursuivi en disant : »Comme Ovila quand il partait dans l’bois… » Puis nous nous sommes regardées et en même temps nous avons dit: » Il venait faire des enfants puis il repartait! »…

Nous avons continué à boire notre bouteille de vin et puis nous avons changé de sujet.

Symbiose sur le pavé (partie III)

Les roues de la civière tournaient et tournaient sans arrêt sur le carrelage désuet de l’hôpital. La patiente crépitait de douleur, mais semblait immobile. Des sons sortaient de sa bouche, des sons d’horreur, de souffrance. Lili voulait crever là, maintenant. Plus rien n’avait d’importance sauf l’extinction du soi. Comment pouvait-elle communiquer aux aides-soignantes qu’elle avalait son sang ruisselant de sa tête? Comment exprimer l’épouvante de la scène de l’accident qui lui revenait à présent à l’esprit?

Il y avait une route, ensuite le monde s’est retourné autour d’elle. Lili avait tendance à être dans la lune, sans penser qu’un jour cet état échappatoire lui ôterait pratiquement la vie. Elle songeait à la maison où elle et son Antoine allaient prochainement élire domicile. Elle configurait avec son esprit les pièces une à une. Ce n’était pas le bon moment pour ça, elle le savait maintenant. Elle savait bien trop que ce rêve allait être reporté.

Lili est entrée dans la salle d’opération. Antoine est entré dans le purgatoire de l’hôpital. Maya enfile sa peau de soeur sauveuse.  Elle devra être forte pour tous. Ce sera elle le pilier de ce nouveau monde.
(à suivre)

Symbiose sur le pavé partie II

Ça bat dans mon oreille qui est accolée au récepteur du téléphone. C’est bouillant dans mon visage. La comète monte dans ma gorge qui n’émet plus aucun son malgré l’envie irrésistible de se crasher sur mon monde qui s’effondre. Mon World Trade Center vient d’être bombardé par l’avion de la nouvelle. On vient de m’annoncer que ma sœur flotte entre deux mondes. Lili a été retrouvée à peine consciente sur les abords de la route 329 en direction de Morin-Heights.

Je me précipite vers la porte. Je me totémise en chevreuil un instant, juste pour chercher refuge dans les brancards. Rien ne soulage le fléau qui vient de tomber sur moi. Mon unique sœur, mon amour qui n’existera plus que par procuration vient de sombrer dans le coma. Je pose le premier sabot sur un pavé incertain et chancelle. Un éclair transperce mes poumons et ceux-ci émettent une décharge. Mon cri primal s’égosille, je suffoque de douleur. Je tombe pour toujours et ne me relèverai que lorsque j’aurai remis ma sœur, mon amour sur le chemin de la vie.

Symbiose sur le pavé partie I

Un long moment après avoir fait des tonneaux sur la route de campagne, Lili s’éveille la tête à l’envers. Un silence de cigales. Immobile, elle fixe les gerbes trop près se pencher dans le sens antigravitationnel. Sa ceinture lui coupe le souffle, mais pas trop. Juste assez pour retenir sa tête et l’empêcher de se fracasser sur le toit de l’automobile renversée. La salive s’est déjà répandue dans ses cheveux, mêlée probablement au sang qu’elle goûte mais ne voit pas. La vision est embrouillée d’un mirage de fumée ou de chaleur. Impossible de déterminer lequel des deux, elle ne se souvient même plus de la saison. Les sensations tempérantes sont quasi inexistantes dans son corps. Le temps semble une illusion. Plus rien n’est important sauf la survie. Le battement de son cœur devient imposant, elle n’entend plus que ça. Un tempo saccadé et irrégulier. Une valse à cent temps contre la mort. Pas capable non plus de déterminer si elle était seule. L’angoisse s’installe et la fanfare des sirènes s’approche.

Un visage inconnu s’approche de son visage méconnaissable. Livrée au sort de ces spectres arrivés de nulle part comme un bébé naissant, elle est éventrée de sa prison de ferraille dans laquelle elle gît depuis des heures comme un pendu encore vivant. Avec son masque théâtral à oxygène elle part pour la plus grande tournée de sa vie : sa réhabilitation.

(…) à continuer.